meinrad

CONRAD

Conrad est un Prussien-oriental qui s’est fait taillader à l’âge de sept ans par des bombes américaines vengeresses à Königsberg à la fin de la deuxième guerre mondiale. Plusieurs membres de sa famille y sont morts, et sa sœur jumelle, sur laquelle il était couché lors du bombardement qui l’a blessé, disparut. Il s’est ensuite trouvé réduit à l’état de bête, nichant sous les pilotis des baraques des gardes russes qui le saoulaient de force et abusaient de lui dans un goulag aux alentours de la ville rebaptisée Kaliningrad. Sa mère, cuisinière du camp, réussit à économiser de quoi s’échapper avec lui à Berlin –est en vendant la moitié de leur ration de pain journalière pendant huit ans. Après deux ans de magouilles et privations, ils réussirent à se payer le laisser-passer pour Berlin-ouest, où Conrad fut pris sous la protection d’une famille riche qui l’aida à faire des études. Devenu ingénieur, il demanda en mariage la fille de sa famille d’accueil. Elle le rejeta, lui préférant un damoiseau de son milieu, et quand dix ans plus tard, après des échecs répétés, elle se tourna vers lui devenu directeur d’entreprise, il ne se maria avec elle que pour mieux se venger de la fille de riche qui l’avait méprisé. Il la fit souffrir quelques années à coups de doubles contraintes, elle versa dans l’alcool, il obtint le divorce. Une brusque augmentation de la matière première dont dépendait son business le conduit à la faillite, et malgré ses 40 ans, il prit la route avec un violon dont il ne savait pas encore jouer, et se proposa de vivre de la mendicité le reste de ses jours. Alors qu’il n’avait encore parcouru que l’Europe septentrionale et appris à dominer un répertoire d’une douzaine de mélodies, un cancer des intestins l’obligea à renoncer à ce genre de vie. Il vécut alors une confortable retraite à Hambourg, pensant chaque année qu’il vivait sa dernière année. Après 15 ans de rechutes et rémissions de la maladie, il avait lu tous les auteurs allemands, anglais et américains du XXème siècle, et la lecture de Bourdieu le  rendit attentif au fait que les opérations boursières qui lui procuraient de substantiels bénéfices avaient leur part d’immoralité. Il joua aux dés son sort et sa destination suivante selon un procédé compliqué qu’il avait mis au point : il échoua dans un cadrant compris entre 6°55’ et 7°00 Est et  47°05’ et 47°00’ Nord, c’est à dire dans les montagnes neuchâteloises, en Suisse, où il vivait enfin heureux en composant des mélodies quand un incendie survint.


Seigneur, c’en est trop.
Disposez de moi, je n’en peux plus.
Je ne suis plus qu’un tas de chair vieille, meurtrie et sale, je ne suis plus qu’un froid aux pieds, une énorme fatigue, une douloureuse courbature. Et seul, ni vivante fourrure, ni réconfortant soleil, ni doux gazouillis.
Seigneur, tu m’as vu à genoux, dans la neige, près du feu, près de la maison en feu, pourquoi n’as-tu pas fait s’abattre sur moi les poutres enflammées, pourquoi ne m’as-tu pas achevé avec ce petit bout d’existence tranquille dont je jouissais enfin.
Combien de fois encore faudra-t-il que je perde tout ?
…………..

Et brusquement, l’éternité, comme un moment figé qui échappe au temps et à l’histoire, comme s’il formait un astre duquel on pouvait éternellement contempler la même aube : un violon calciné dans la neige, des craquements dans la forêt, noire et blanche en contrebas du champ lumineux, l’ombre de la crête vers le levant, l’odeur de fumée froide, un vent glacial, le soulagement des braises. Comme si chaque instant où l’histoire s’arrête s’arrachait, allait rejoindre un monde d’essence, dans lequel on a toujours existé.

S’y trouvent les sempiternelles images de la guerre dont je ne sais plus si ce sont des souvenirs ou des reconstructions fabriquées à partir des récits de toutes les guerres : sofas crevés, femmes violentées, de la fumée dense, noire et rouge embrasant les immeubles, les morts et les blessés piétinés, qui gémissent, des bottes, des bruits de bottes, des regards vides, des tas de guenilles et des photos mouillées autour de valises éventrées. Tout cela je le connais, mais je ne le sais plus vraiment, c’est comme un bruit de fond, cela ne m’appartient pas comme m’appartiennent d’autres images, d’autres moments, douloureux.

Le départ de Königsberg, maman qui entre et qui sort sans cesse de la maison, chargeant la carriole de malles, arrachant à grand-mère en pleurs des reliques – inutiles disait-elle-, l’affolement de tous dans la rue –ils arrivent, ils sont là, tout près, les Russes, ils ont faim, c’est la fin, le salut par la mer. Les cris, les gifles, la panique. Puis ce furent les larmes silencieuses, les lèvres mordues, le froid aux oreilles, les bruits d’estomac.
Une colonne interminable de voitures à chevaux, un chemin de glace sur l’eau, à perte de vue une colonne avançant lentement sur la glace, le rythme des pas et le silence des hommes, chacun seul, les yeux perdus quelque part entre la peur, la fatigue, et la faim. Il faudra bien entrouvrir les lèvres pour demander son tour à être assis dans la carriole, pour mâcher une couenne de lard, il y aura un goût de fer, le goût du sang des crevasses qui s’ouvrent, l’impression de se manger la bouche dure et froide, étrangère. Et quand on aura eu besoin, on se sera mouillé, parce qu’auparavant, on aura vu une femme renoncer, qui cherchait à rejoindre les siens, et on aura vu les autres la contourner, quand les jambes sous elle renoncèrent, et son visage se crisper, ses yeux se gonfler, et la bouche grand s’ouvrir, pour chercher l’air à travers le sanglot.
Puis, ce fut le demi-tour, les yeux à peine s’étaient levés vers la mer, tant ils savaient, à la longueur de la caravane, au calme résigné de tous, qu’il n’y avait plus de pain, qu’il n’y avait plus d’embarcations. Qu’il fut lent, ce demi-tour, le temps que chaque paire de paupières se referme sur son sort, le temps que chaque gorge ravale sa salive avec son reste d’espoir.
Dès lors, ce fut le chaos, les chevaux qui tombent, qu’on abat, dont on déchire la viande à la main, qu’on s’arrache, qu’on m’enfourne, chaude, épaisse, gluante dans la bouche, Adelheid vomissant du sang, grand-mère à genoux regardant le ciel, des hommes qui se battent, des vieux hagards, secouant la tête, – non, je reste ici, j’ai sommeil, c’est la fin- des coups de feu devant, derrière, des bombardements, et la course désordonnée des gens comme la course du poivre dans l’huile de la soupe.
« Adelheid ! »
Adelheid m’avait abandonné un jour semblable à cette nuit, et mon désarroi me conduit aussi, aussi maintenant, à la chercher en vain dans les décombres, en vain alors aussi, mais la chercher alors était plus raisonnable.
Le fait est qu’elle était sous moi, et je ne l’ai jamais revue. »

la révélation de l’absurde

Je cours, je cours, je saute

J’enjambe, je cours, je tombe

Je n’ai pas préparé mon numéro

Je me relève, je bondis

Belle certes non : incompatible

Témoins, que venez-vous chercher ?

Chercher l’artiste où il se trouve, quelle négation !

Restez-là !

Je vous regarde à présent

Je trébuche sur vous

Je dissone sur vous

S’enfuir

Fuir toujours ce miroir formaté

Séduire dieu, c’est enfoncer une porte ouverte

Une porte qui donne sur l’enfer du regard des hommes

Ton miroir n’est d’argent, il est de chair

Ceci est une prison

Je voudrais te parler de ce que tu connais :

Essayer de réparer un robinet qui fuit, chercher l’outil, pester sur le voisin qui te l’a emprunté, par exemple.

Et tout d’un coup, avoir la révélation du désespoir qui te fait te lever chaque matin

-       ciel, mais c’est le contraire ! – non, c’est bien ainsi :

la seule chose qu’on étreint, c’est le sommeil

tout le reste n’est que fuite, d’une parole à la suivante, d’un acte à l’autre, on s’empêche d’exister.

Tous les jours je lutte contre l’absurde

par des velléités.

Quand les hommes se reconnaissent, ils entrent en infraction et ils s’empressent de se justifier par des comportements admis dans les registres : as-tu jamais vu un homme se dissoudre, sauf dans le ridicule ?

Sombre, sombre musique

que celle de l’amour

entichée du temps

si tu existais vraiment,

serions –nous 7 milliards ?

vivrions-nous 100 ans ?

restez-là !

ne bougez plus que j’existe

un moment sans me redéfinir

chaque millième de seconde et devant chacun de vous.

Dans ta salle de bain rose,

Tu mets une chemise propre

Et repassée

Comme si cela ne suffisait pas d’être

On prépare encore et toujours des instants auxquels on échappe…

Cela ne se peut pas : être.

Ces trop rares moments où tu penses « tout est là »

A quoi ressembles-tu ?

A un chat sur un radiateur ?

L’opprobre de la foule à la menace d’un but

Me prend plus démunie que la mort d’un ami :

étranger à toi-même, tu ne m’es plus inconnu

on ne t’a affublé d’un langage que pour nous conforter dans notre aliénation.

La sagesse dis-tu ?

La sagesse est le naufrage d’un homme qui vit trop longtemps : ses sens l’ont voulu mort, et il a survécu

Si ce n’est une morale, c’est au moins un constat :

Puisque nous survivons, nous cherchons en deçà.

Et ce que nous trouvons tient compte de la chute :

Puisque nous survivons, tel en sera le but.

Rien ne tombe dans l’oreille d’un sourd.

Et cela me nie, comme à toi.

martin, mi suegro, mon beau-père “clic”

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martin, o lo que fue martin

él no lo sabe, o sí lo sabe

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brahms por katleen ferrier subtitulado en castellano “CLIC”

Pero este que está apartado, quién es ?

En el matorral se pierde su camino

Trás él se vuelve a cerrar la maleza

La hierba de nuevo se endereza

La desolación lo engulle

Ah ! quién curara los dolores de aquél

para él que el Balsamo se volvio veneno

Que ha sacado de la plenitud del amor

El odio a lo humano

Despreciado antes, luego despectativo

Consume en secreto su propio valor en vano egoïsmo

Si se encuentra en tu salterio, padre del amor

Un sonido que su oído percibe,

Réanima su corazon !

Abre su oscurecida mirada

A las mil fuentes

Junto al que en el desierto está sediento

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rhapsodie 53 brahms, kathleen ferrier “CLIC”

Aber abseits wer ist’s?
Im Gebüsch verliert sich der Pfad.
Hinter ihm schlagen
Die Sträuche zusammen,
Das Gras steht wieder auf,
Die Öde verschlingt ihn.
Ach, wer heilet die Schmerzen
Des, dem Balsam zu Gift ward?
Der sich Menschenhaß
Aus der Fülle der Liebe trank?
Erst verachtet, nun ein Verächter,
Zehrt er heimlich auf
Seinen eigenen Wert
In ungenugender Selbstsucht.
Ist auf deinem Psalter,
Vater der Liebe, ein Ton
Seinem Ohre vernehmlich,
So erquicke sein Herz!
Öffne den umwölkten Blick
Über die tausend Quellen
Neben dem Durstenden
In der Wüste!
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mais à l’écart, qui est-ce ?
dans les taillis se perd son chemin
derrière lui se referment les buissons
l’herbe à nouveau se dresse,
la désolation l’engloutit

ah ! qui guérira les douleurs
de celui pour qui le baume est devenu poison ?
de celui qui a obtenu la haine des hommes
de la plénitude de son amour
d’abord méprisé, désormais méprisant,
il consume en secret sa propre valeur
en un vain égoïsme

s’il existe dans ton psaumier, père de l’amour,
un son que son oreille perçoit,
alors ravive son cœur,
fais que son regard obscurci s’ouvre aux mille sources
près de qui a soif dans le désert.
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premières lignes de la famille de pascual duarte

la famille de pascual duarte de camilo cela est un monument ! pour moi, c’est le meilleur livre jamais écrit, car bien que distante en tout du personnage et de l’histoire, en le lisant je me situe dans sa peau, dans sa poesie et je vis vraiment (je ne dis pas cela pour les lignes qui suivent, bien que je les trouve géniales, mais bien pour le reste où il ne s’adresse pas à quelqu’un comme ici dans une lettre) :

Yo, señor, no soy malo, aunque no me faltarían motivos para serlo. Los mismos cueros tenemos todos los mortales al nacer y sin embargo, cuando vamos creciendo, el destino se complace en variarnos como si fuésemos de cera y en destinarnos por sendas diferentes al mismo fin: la muerte. Hay hombres a quienes se les ordena marchar por el camino de las flores, y hombres a quienes se les manda tirar por el camino de los cardos y de las chumberas. Aquéllos gozan de un mirar sereno y al aroma de su felicidad sonríen con la cara del inocente; estos otros sufren del sol violento de la llanura y arrugan el ceño como las alimañas por defenderse. Hay mucha diferencia entre adornarse las carnes con arrebol y colonia, y hacerlo con tatuajes que después nadie ha de borrar ya.

très mauvaise traduction (je n’aime pas du tout traduire) : moi monsieur, je ne suis pas mauvais, bien qu’il ne me manquerait pas de raisons de l’être. nous mortels naissons tous avec le même cuir, et cependant, le destin se complaît à nous distinguer comme si nous étions de cire et nous destine par des chemins différents au même but : la mort. il y a des hommes auxquels on ordonne de marcher par des sentiers fleuris, et des hommes que l’on oblige à marcher dans les ronces et les orties. ceux-là ont un regard serein et à l’arôme de leur bonheur ils sourient avec le visage de l’ innocent; ces autres soufrent du violent soleil des plateaux et froncent les sourcils comme les animaux nuisibles pour se défendre. il y a une grande différence entre se parfumer avec eau de cologne et coucher de soleil, et se marquer la chair avec des tatouages qu’ensuite personne ne peut effacer.

veoh : site où on peut visionner des films CLIC

ce site est génial pour visionner ou télécharger des vieux films, en particuliers ce gars, birubir y laisse des films cultes soviétiques sous-titrés en anglais, dont at home among strangers de mikhalkov que je considère the best movie ever made !

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http://www.veoh.com/search/videos/q/publisher:birubir#watch%3Dv181276642Z4gsXJ4

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pour accéder au site, faire un copier  de l’adresse, et un coller dans http://….

anna CLIC

documentaire dans lequel nikita pose chaque année les mêmes questions à sa fille de ses 6 ans (l’extrait) à ses 18 ans. ce n’est pas seulement un film sur sa fille, ce qui est génial, c’est qu’il montre la “culturation” de l’individu.

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morte a venezia, dialogues concernant l’art et la beauté CLIC

(excusez mon italien…)

…alora tu crede que la beleza posso sere il resultato de una fatica ?

no, la belleza nace cosi, spontaneamente, a despeto delle tue o la mie fatique

la belleza prexiste a la nostra presunzione di artisti…

..no, la creazione di la belleza, di la pureza e un acto espirituale…

… no, la belleza apartiene ai sensi, solo ai sensi…

… no es solo con un completo dominio dei sensi que il artista puo conquistare la sagesa, veritá, dignida humana…

…sagesa, dignita humana, ma a que cosa servo ? il genio e un done di dío, e un punizione  di dío …

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morte a venezia…”CLIC”

la beauté…  elle doit être inaccessible, intouchable, elle est innommable, elle n’est jamais légitime, de là son ambiguïté

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rocco e sui fratelli “CLIC”

rappelle-toi, quand on commence à contruire une maison, on jette une pierre sur l’ombre du premier passant… parce qu’il faut un sacrifice pour que la maison soit solide…

ce film est grand, terriblement déchirant, il couvre beaucoup de thèmes, de dilemnes, mais ce qui m’interpelle particulièrement, c’est la limite du pardon, le conflit entre bonté et santé, l’équivalent du phénomène de la régulation dans les caractéristiques du “vivant” ;  ce thème pour moi illustre aussi un des aspects (probablement le plus profond) du conflit gauche-droite.

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et je me tus clic

Il ne suffisait pas que la pierre me résiste, que le gel condamne les premiers bourgeons du rosier, faute d’anticipation, il fallait que le verbe chante à mes oreilles dans toutes les langues, que les images défilent avec un grain parfait et que l’instantané surprenne le temps haletant dans sa course… je ne haïssais personne plus que moi-même, je ne me haïssais même plus, je m’ennuyais… j’ai appelé, appelé, ceux qui sont venus n’ont exprimé qu’impuissance, à la vanité dérobé l’innocence… il y a tant de choses qui sont dites, et rien qui marque, et rien qui rende le meurtre coupable, le bonheur nécessaire.

L’innocence est adaptée.

Quand on arrive à cette conclusion, il faut marquer un temps d’arrêt, faire vœu de folie. Ainsi fut tournée une page de mon histoire.

Je n’avais jamais été au confessionnal cependant je n’eus aucune hésitation en me dirigeant vers l’isoloir. J’aurais voulu m’adresser au monde tout entier et lorsque j’ébauchai, en transe, un discours pour mon siècle, je m’écriai merde, pute, accouche gros con, crève salaud, bordel, mijole en chaleur et autres vociférations qui me choquaient moi-même. J’en concluai qu’il fallait changer de langage, celui-ci ayant servi à trop de mensonges et grossièretés. Le prêtre, dont je vis la pupille inquiète à travers la jalousie, s’adressa à moi dans un latin à la fois mielleux et engageant, je dis amen alléluia et sortis la langue soudée au palais.

Ce furent mes derniers mots. Et je me tus.

Je me tus de mots, je parlai de larmes et de sueur, de rires, de chants et de croche-pattes, de rides et de pâleur, de baisers, de bouche tordue, de nœuds dans la gorge. Je parlai de silences et de regards vides, de poils hérissés, de salive avalée, de crachats, de paumes tendues, d’inquiétudes. Je parlai d’être. Et je fus.

Je fus là, droite, au milieu des choses, des bêtes et des gens, je fus dans toutes les directions, et surtout dans la composante verticale, de la terre au ciel, et dans la composante horizontale, dans l’identité partagée, d’être de chair, de terre, d’écume et de cordage, d’être de vent, de brise, d’embrun.

urga…..”CLIC”

URGA de nikita mikhalkov

un film à regarder lentement

une histoire d’amitié

un peu d’ethno

musique d’artemiev  (pas cette ballade…)

et toujours ce regard sur l’Homme, celui qui, bien que galvaudé par l’Hisoire, résiste ne fût-ce que sentimentalement

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suite urga : n’est-ce pas un sanglot que la déconvenue ? (luis aragon)

URGA de nikita mikhalkov

un film à regarder lentement

une histoire d’amitié

un peu d’ethno

et toujours ce regard sur l’Homme, celui qui, bien que galvaudé par l’Hisoire, résiste ne fût-ce que sentimentalement

ajo blanco

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en el mortero

ajo almendra aceite y sal

el ajo blanco

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les ailes de cire

savez-vous monsieur ce qui me plaît en vous ?

c’est que vous n’avez pas renoncé à une certaine idée de vous-même

à une impossible réconciliation

de la beauté et du devoir

de l’esprit et de la chair.

la réalité, le réalisme nous renvoient à l’animal, à nos limites

le mensonge, l’idéalisme, la personnification, la poursuite de l’impossible rêve est ce qui fait l’humain

pour être humain, il faut ne pas savoir que les ailes de cire fondent au soleil

si nos ailes ont fondu

si nos ailes sont usées par l’âge,

c’est que la raison a eu raison de notre vanité

c’est que le fou a su qu’il dépendait de la raison, que la folie qui ne s’alimente de raison aura raison d’elle-même, ou sa follie aura raison du fou.

on ne peut faire à l’infini fi de nos limitations

il faut se rendre à la raison par la force de l’âge :

ce que me disent tes dents blanches

ce que me dit ton regard de vingt ans

c’est l’espoir, c’est la certitude de pouvoir personnifier le monde

c’est que la musique, la beauté, la poésie, cela se mange, cela sert à quelque chose.

c’est sur ce mensonge que nous pouvons sortir de la condition d’animal, simple opportunisme, simple egoïsme nécessaire à la survie de l’animal simple, individuel

un vieux est une personne dont les ailes de cire ont fondu au soleil, et qui n’est pas mort de sa chute :

il a des ailes, c’est lui

elles sont brûlées

et il le voit

et il se voit

il a des ailes qui ne peuvent plus voler

et il s’alimente au sol pour que son individu survive.

l’ami chez les ennemis, l’ennemi chez les siens clic

ce filmde 1976 de nikita mikhalkov pose la vraie question et donne la vraie réponse.

ce n’est pas vraiment une réflexion sur le communisme.

c’est plutôt une giffle à l’individualisme, il illustre  le prix que l’on a payé la trahison à nos idéaux profonds.

et puis il est divertissant aussi, à la façon d’un western ! et l’image, la musique, tout est à la hauteur !

on le trouve difficilement dans le commerce, mais on peut l’emprunter dans des bibliothèques, le décharger de veoh en version sous-titrée anglais (voir le lien at home among strangers dans la catégorie cinéma soviétique), ou le regarder par petits bouts sur you tube dans cette même version.


sandor maraï, les révoltés

« tant que nous agissons, nous sommes innocents, le vice commence quand on fuit de la piste pour se repaître du spectacle »    sandor marai, les révoltés

elsa triolet, le grand jamais

en lisant “le grand jamais” de elsa triolet, j’ai relevé ces lignes :

 

« le grand progrès de l’homme serait de rester dans ses limites, s’il clôturait simplement son terrain, il aurait un rendement formidable »    elsa triolet, le grand jamais

 

« nous sommes continuellement aux prises avec la disproportion entre l’échelle humaine et l’infini. Les hommes inventent, découvrent,  passent de l’âge d’airain à l’ère atomique, mais sont obligés de passer le flambeau »    elsa

  

« l’arbre généalogique de l’humanité ne va pas de père en fils, je ne sais pas de quoi je suis le prolongement, ce que je tisse, ce que je fais durer. Je fais partie du cœur qui bat dans le corps cosmique »   elsa

 

« nous ne sommes que chien qui court, de droite à gauche, s’arrête pour renifler, aboie, pique un petit galop, puis revient aux pieds de son maître : le temps. Le temps avance d’une glissade discontinuée sans nous tenir en laisse… nous allons dans la même direction, obéissants, esclaves, et nous arrivons à destination au même moment que notre maître, là où il se confond avec l’espace. Et on se jette dans l’infini pour se fondre avec, en faire partie »    elsa

 

« l’amour malheureux pour une belle aux milles soupirants définit l’homme repoussé et non celle qu’il aime »    elsa

 

« dans le monde vogue la lente baleine administrative, des paperasses, des monstres humains qui vous saisissent dans ses tentacules et versent un sang glacé et sans couleur »   elsa

 

« le printemps est instable, il balance entre hier et demain »   elsa

 

« pour que le temps existe, il faut en dépendre : certains évènements sont irréversibles, pas le temps »   elsa

 

« les mesures du temps sont bonnes pour organiser une activité, pour mesurer le temps qui fait de nous un cadavre »   elsa

 

« les monuments sont là pour nous faire sentir l’étendue de l’oubli »   elsa

 

« quand on aura créé un passé, l’un dans l’autre les choses seront exactes, l’un dans l’autre. On se trompera sur les motifs d’une guerre, mais ces motifs s’appliqueront à une autre, on dira d’un roi qu’il aimait sa reine et d’un autre qu’il avait des mignons, et si c’est le contraire, aucune importance, qu’une découverte soit faite par l’un ou par l’autre, pourvu qu’elle soit faite »  elsa

 

« tant qu’à avoir de l’ambition, pourquoi ne pas avoir celle d’être en avance sur son temps ? »  elsa

le taureau dans les alpes, eugène burnand

taureau à la montagne

si je n’avais jamais senti l’haleine d’un taureau, si je n’étais jamais allée dans les alpes, que représenterait cette peinture our moi ?

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la vie est un sentier émaillé d’échéances

Je vous hais. Je hais vos petits soupirs, vos petits regards furtifs, vos longs regards soutenus et entendus. Qu’entendez-vous ? Rien ne tombe dans l’oreille d’un sourd et sur le banc des accusés vous voyez un coupable. Et vous allez chacun de vos petites imageries personnelles, et de votre grand non-dit, mal dit, sous-entendu.

Oui, je suis un fou.

J’ai fabriqué un mensonge, et quinze ans durant je l’ai porté seul jusque dans ses ultimes conséquences.

Je suis un fou : j’ai cru et je n’ai pas cru, à la bonté, à l’innocence, à la pureté, j’ai su et je n’ai pas su qu’elle était un traître, que j’étais un tyran, j’ai parié que le mensonge vengerait l’amour, et il l’a fait exister, le mensonge a fait exister l’amour, le mensonge a fait naître des enfants, alors, j’ai parié sur un amour qui aurait préservé l’essentiel, l’attachement, la loyauté, l’être et non l’identité, j’ai pris dieu à témoin, et j’ai été heureux, nous avons été heureux, j’étais le père, je veillais sur eux, je veillais sur vous, mais cela n’a pas suffi, la mesquinerie, la petitesse, la vanité, les modalités, ont eu raison de l’éternel.

Oui, je suis un assassin.

J’ai tué ceux que j’aimais. Je les ai tués un à un, par surprise, dans le dos, je les ai tués irrémédiablement.

Je les ai délivrés des contingences, petites contingences qui font que les hommes rêvent des rêves plus petits qu’eux, je les ai délivrés de cette contradiction imprononçable, la grandeur d’âme et le pic-order, l’Homme et la Nation, je les ai délivrés de votre regard, formaté.

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Séduire dieu, c’est enfoncer une porte ouverte.

Cette porte donne sur l’enfer : le regard des hommes.

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Vous avez fait mon procès, vous vous êtes dits satisfaits de la sentence, pour la plupart, bien que quelques-uns déclarèrent qu’ils m’auraient volontiers écarté de manière plus définitive et plus brutale de la scène de la vie. Je dois dire que cela m’était alors tout à fait indifférent, tout m’était alors tout à fait indifférent. Le fait est qu’il y eut un procès, il y eut une sentence, et elle est sur le point d’être derrière moi. C’est bien.

Oui, maintenant je peux dire que cela me comble d’aise, je sens dans mon ventre le désir de courir, de plonger dans la mer, de couper du bois, de chasser un chevreuil, d’embrasser un bébé, je suis vivant et bientôt libre.

Je serais déjà libéré si un conseil de médiocres n’avait estimé, il y a deux ans, qu’une remise de peine serait une insulte à la mémoire de mes enfants. Je vous emmerde. Prenez dans le baba ma liberté toute proche, vous qui vous soumettez à la justice avec le sentiment d’être bon, alors que vous ne suivez et établissez des règles que pour jouer à touche-pipi avec vos voisins sans y laisser vos couilles.

Votre facilité à pardonner celui qui vous supplie et votre intransigeance concernant celui qui vous méprise me dégoûte. Et cela vous semble naturel. C’est naturel oui, dans un poulailler. Vous êtes des poules.

La haine que je vous porte est primitive, viscérale, générique, dieu me garde de l’attendrissement : cette haine est ma dignité.

Depuis l’annonce de ma prochaine mise en liberté, le temps qu’il me reste à tirer ici m’opprime. Je sens courir dans mes veines un sang confusément chargé. J’écris, cela donne une forme à ce temps informe, cela ordonne ces sentiments indifférenciés. Après tant d’années de silence, enfin, la blessure suppure. Et vous êtes désignés comme le pus qui empoisonne mon sang.

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Voici plus de quinze ans que je suis en prison. La prison est un bon endroit pour se reposer, et j’avais besoin de repos, j’étais au bout du rouleau, il m’était impossible de me porter plus longtemps. Des quatorze premières années de ma détention je ne me souviens pas. Je crois les avoir dormies sans songe. Il n’est heureusement pas nécessaire au détenu de communiquer pour survivre, ni de penser, ni même de désirer ; c’est un privilège unique dont j’ai usé sans vergogne.

Pourtant, un après-midi d’automne, lors d’une promenade dans le jardin de la prison, une odeur de tabac à la vanille m’attira. Un homme d’une soixantaine d’années brûlait, sans en aspirer la fumée, du tabac dans une pipe et alors que je l’observais, il me pria par geste de m’asseoir à ses côtés. Il était mince et svelte, ses mains fortes, il avait le visage très marqué de profondes rides, ses cheveux coupés courts n’étaient pas peignés. Nous restâmes assis et muets au soleil de novembre une bonne heure, puis il m’invita à faire une partie d’échec. Je pris dès lors l’habitude de me rendre le soir dans sa cellule. Il allumait des bougies, mettait une cassette de bruitage “feu de bois dans une cabane mal isolée du vent”, et nous jouions aux échecs  en buvant du bon vin dans d’épais verres à pied. Les pièces, qu’il avait faites lui-même en bois brut de buis et genièvre étaient lourdes. Conrad émettait de temps en temps un claquement de langue, un sourd sifflement,  ses paroles, d’une voix caverneuse et sonore, formaient toujours une courte exclamation : j’arrive ! à demain ! la vache ! dors bien ! tiens, tiens !

La densité de tous les éléments du décor de cette mise en scène de Conrad, cette épaisseur des silences, bruits, de la lumière, du bois, du verre, du vin, de sa propre image, réveillèrent en moi l’animal sensuel. Ce furent deux années de bonheur, j’étais chez moi, cela aurait pu durer toujours. Mais cela allait bientôt prendre fin, pour lui un peu plus tôt que pour moi, je lui fis part de mon désir de continuer à le voir dehors.

Cela fait deux mois que Conrad a été libéré. La dernière soirée de son emprisonnement, il décida qu’en lieu et place de la traditionnelle partie, nous allions nous confier l’un à l’autre en silence et à l’aide, il insista, d’une plume qu’il fallait tremper sans arrêt dans l’encre d’une très jolie teinte lilas et laisser glisser sur du papier jauni : chercher à se revoir à ma sortie dépendait de cette narration. Le destin nous avait unis une fois et nous avions su trouver une niche commune dans cette stabulation, mais planifier son destin est une histoire d’homme, quelque chose de proprement humain devait motiver une nouvelle rencontre, ce quelque chose, tout cela selon Conrad, qui parlait par vagues, comme si ses pensées étaient plutôt des sensations, ce quelque chose de proprement humain, la narration, la réflexion sur le sens de notre vie l’était, et son contenu motiverait ou non des retrouvailles.

Je ne sais pas si Conrad avait fait cet exercice auparavant, pour ma part, non. De l’avoir fait m’aurait certainement rendu à d’autres évidences que celles qui m’ont conduites à me trouver ici ! Mais si Conrad n’avait, je pense, jamais écrit un récapitulatif de son existence, je crois qu’il se complaisait dans une vision romancée de sa vie, c’était peut-être son garde-fou.

Enfin, je dis cela sans trop savoir pourquoi, je n’ai pas encore reçu la lettre qu’il a écrite ce soir là, il devait m’en envoyer une copie ainsi que de celle que moi-même j’avais alors écrite et qu’il a emportée. De sa vie donc je ne sais pas grand-chose, mais de lui, l’animal, j’en connais un bon bout, son odeur, son goût de la mise en scène, sa façon de porter le verre à la bouche, je connais le poids de ses pas, je le connais comme un chien connaît son maître. C’est la relation la plus saine et la plus belle que j’ai expérimentée, elle m’a satisfait complètement : de Conrad je n’ai jamais voulu ni plus ni moins que cette habitude partagée.

A ce jour, je n’ai pas de nouvelles de Conrad. Voudra-t-il rester en relation avec moi ? Je l’espère. J’ai besoin de lui.

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Avec le premier jour de printemps est arrivée le courrier que j’attendais. La lettre que j’avais écrite ce soir là, avec une carte postale :

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Cher Conrad,

Je te vois là, assis en silence, ton ombre danse sur le mûr vierge de béton gris, la cassette de bruitage tourne dans le magnétophone, nos plumes grattent le papier et plongent dans l’encrier, des soupirs et  nos respirations accompagnent leur rythme. J’aime cette solitude accompagnée, je l’ai vécue alors, l’enfance, avec mon chien, et depuis sa mort, j’ai l’impression de n’avoir rien fait d’autre que de chercher à revivre cette complicité, et de me venger de ce qui me l’a dérobée.

Tu voudrais que je te raconte ma vie. Ma vie est pleine de silence. Je n’ai eu ni frère ni sœur, mes parents étaient âgés et besogneux, et nous vivions dans une maison isolée du jura. Mon compagnon d’enfance était un chien, et un jour, je l’ai trouvé mort avec une balle dans la tête. J’ai toujours eu la conviction que mon père l’avait tué.

Qu’embrasser après l’étreinte essentielle que te donne ton chien ? Il t’embrasse du regard, de ses gestes, de son odeur même, il se presse sur toi, il te mordille et te lèche, il te renifle et te sonde de tout son corps, de tout le tien, il t’aime.

J’ai couru, couru devant moi, à n’en plus pouvoir, à tel point que j’étais enrobé d’une aura de vapeur, comme un cheval dans le froid après la course, et trébuchant, haletant, je suis tombé à genoux dans un lit de feuilles mortes. Quand petit à petit le bruit de mon souffle et de mon cœur me laissèrent distinguer la présence du monde, par tous mes pores entra une certitude, un savoir, ce de quoi j’étais fait, ce de quoi tout était, une réalité infinie, éternelle et pourtant ponctuée par l’attention de mon intelligence sur telle odeur de terre mouillée, tel nuance rosée d’un nuage, tel hérissement des poils de mes mains abandonnées au vent. La force de ce sentiment ! c’est là que j’existais, que j’étais grand et beau, et les petites comédies des hommes, vues depuis ce secret savoir, me paraissaient dérisoires.

Mais les contingences finissent toujours par nous rappeler à la raison, l’humidité du sol mouilla désagréablement mes genoux, et des gargouillis au ventre me rappelèrent que c’était l’heure du dîner : je pris le chemin de la maison. Au volant d’une voiture stationnée sur le bord du chemin qui mène au col, une femme écoutait, des larmes plein le visage, une  musique d’une force, au propre comme au figuré, qu’elle ne pouvait pas m’entendre, pas me voir, et moi j’étais déchiré, par la beauté de cette prière sonore, de cette femme, et tombai de nouveau à genoux. Quand, le morceau terminé, elle prit conscience de ma présence, elle vint me chercher, et nous parlâmes longtemps sans nous regarder, les yeux dans ce splendide paysage des crêtes du jura. Elle me convainquit  de faire des études de médecine, de me mêler, depuis ce qu’elle appela mon évidente empathie, à mes frères humains.

J’avais auparavant fait les études secondaires supérieures en autodidacte au foyer familial, pour éviter des trajets quotidiens interminables jusqu’au lycée ou un exil en pensionnat, expérience que j’avais commencée  une première année et à laquelle j’avais immédiatement mis fin suite au  bizutage infligé par mes « camarades » de classe. Pour faire admettre par mes parents cette vie recluse, je prétextai des terribles maux de tête au pensionnat, et de fait, j’y avais souffert de sinusite.

La maison, la forêt et mon chien comblaient mes sens, l’étude des anciens et des sciences, mon intelligence. Je n’avais jamais fréquenté au sens où l’entendaient mes parents, ni jamais partagé la conversation des autres adolescents. Une cousine éloignée nourrissait mes songes, et à une réunion de famille j’appris qu’elle allait étudier la médecine à Lyon. Ma décision était prise, mes deux muses coïncidaient, tout était clair, il n’y avait qu’à suivre ma destinée.

Ma première année d’études à Lyon fut un faux rendez-vous avec ces « frères humains ». Il me fut très difficile de reconnaître des camarades qui répondent à mon « empathique » regard. Les études en elles-mêmes m’intéressaient, et le groupe  de joyeux drilles dont était entourée la cousine, et qui manquaient souvent les cours, reconnurent à mes notes un attrait qu’ils ne voyaient pas en ma personne. Ma cousine avait les pupilles extrêmement dilatées, comme mon chien, et je crûs y reconnaître de l’amour. En était-ce ? Je ne saurais encore y répondre, mais après avoir flirté avec moi, elle me préféra un boute-en-train, un séducteur, un flatteur de peuple. Tout mon univers s’effondra  pour la seconde fois.

Et c’est là que j’ai fait la grosse connerie : j’ai fait comme si de rien n’était.

Je lui ai dit qu’elle était dans son droit. En le lui disant, en cet instant même, j’ai senti comme un immense  froid, de bas en haut, comme si un fluide qui m’unissait à le terre par les pieds, oui, c’est étrange, par les pieds, montait, montait en laissant un immense froid, j’ai senti quand il a quitté mon crâne par les cheveux, qui se sont légèrement dressés, un liquide glacé dans ma bouche provoquer un sourire qui au lieu d’élargir la bouche l’a rétréci, et j’ai senti comme l’intérieur de mes yeux s’est durci, comme ils ont esquissé un sourire eux aussi, avec un fil à chaque coin extérieur de l’œil, tirés par les cheveux hérissés.

Rentré chez moi, je compris tout, comme si un programme jusque là ignoré se mette à parcourir toutes les données emmagasinées par le cerveau à travers mes lectures et le peu de confrontation à « mes frères humains », je compris ou crus comprendre, et au lieu d’accepter ces règles de jeu pour de vrai, j’allais les mimer et venger cette blessure.

Cela me maintint alité des semaines, les jours passèrent sans que me préoccupât le moins du monde l’aspect bureaucratique de ma vie, à savoir, par exemple, me présenter aux examens de deuxième année auxquels j’étais inscrit. Je dis les avoir réussi.

Après des mois reclus dans mon studio, le boute-en-train vint s’enquérir de mon état. Ne sachant comment expliquer mon attitude, qui aurait certainement été l’objet de moqueries, j’eus l’illumination qui allait me permettre de prendre de l’importance : je lui dis être gravement malade, un cancer, un lymphome qui pouvait exploser d’un moment à l’autre. Cela  suscita compassion et admiration dans le groupe et la cousine me revint penaude.

N’ayant pas passé l’examen de deuxième année de médecine, je n’eus pas l’occasion de passer les suivants, bien que je m’inscrive chaque année et assiste aux cours avec intérêt. Je continuais à faire profiter de mes notes et terminai ces études sans en recevoir le diplôme.

Je dis cependant avoir réussi et être médecin. Je prétendis ensuite avoir été engagé à l’organisation mondiale de la santé, et de fait, m’y rendais à la bibliothèque presque tous les jours. Souvent, je passais la journée à errer dans les bois et attendais sur une aire d’autoroute l’heure de rentrer à la maison. J’aimais beaucoup ces journées solitaires et oisives.

Deux enfants naquirent, une fille, puis un garçon, je leur consacrais beaucoup de temps. Cette période de ma vie fut douce, ce furent de longues années d’extase. J’étais détaché de tout, sauf de ces petits actes quotidiens tels amener les enfants à l’école, jouer avec eux, faire les courses pour mes parents, réparer une chose ou l’autre. J’étais le père parfait, le mari parfait, le fils parfait.  Je lisais l’admiration dans le regard de ma femme qui s’étonnait de ma disponibilité.  Je lui disais ne pouvoir parler de mon travail en vertu de son caractère confidentiel. Tous me prenaient pour un personnage important, et cela donnait un statut de sacrifice au moindre geste de ma part.

De recevoir cet amour m’a affaibli. Je crois que je suis devenu dépendant de ces regards de considération, et celui de ma fille, disant qu’elle voulait devenir médecin, comme moi, pour sauver des vies, m’a déchiré.

Parallèlement, les choses se compliquèrent du point de vue administratif. Au début, durant les études, nous n’avions pas de grands besoins, et la question de l’argent ne me préoccupait pas. Je disposais de la signature sur le compte de mes parents, et j’en usais avec toute liberté. Ensuite, nous vécûmes de la vente de l’appartement que m’avaient acheté mes parents joint à ce que ma femme gagnait en faisant des remplacements dans des pharmacies  Nous louions un petit appartement que j’aimais beaucoup, dans lequel nous avons été véritablement heureux, mais j’étais supposé gagner très bien ma vie, et à partir de la naissance de mon deuxième enfant, ma femme et mes amis me raillaient continuellement, me traitaient de radin ou pire, me soupçonnaient d’entretenir une maîtresse. Avec ses yeux doux, ma femme su me convaincre de faire un pas qui allait me conduire à escroquer mes proches : je disais pouvoir placer leurs économies à taux préférentiel grâce à mon statut de fonctionnaire international, et on me confia de grosses sommes d’argent sans exiger de preuve de leur placement.

Mon beau-père réclama en retour avec insistance la somme qu’il m’avait confiée. Comment allais-je lui faire comprendre qu’il devait oublier cet argent ? C’est là que je me suis rendu compte que tôt ou tard, le piège se refermerait sur moi. Je lui ai dit que c’était impossible, je lui ai dit de penser à ses petits enfants, mais rien n’y a fait, il voulait ses économies, et quand il a compris, il s’est jeté sur moi, et il est tombé dans les escaliers, mort. J’avais eu peur, très peur.

A partir de cet épisode je devins très nerveux, j’avais l’impression d’être épié tout le temps, les simples questions de ma femme, des voisins, de quiconque, me paraissaient des interrogatoires policiers. Souvent, je restais au lit toute la journée, ressuscitant la grave maladie qui m’avait servi à reconquérir ma traîtresse d’amoureuse pendant nos études.

Dans ce terrible désarroi, je perdis la notion de l’essentiel, et tombai amoureux d’une ex-voisine. Pour l’impressionner, je lui fis vivre la grande vie lors d’escapades à Paris, et lui fis croire que j’étais l’ami d’un ministre pour lequel elle avait beaucoup d’admiration. A son tour, elle me confia une forte somme d’argent à placer. Je sus immédiatement que cette bouée de sauvetage allait m’emmener à la dérive, mais m’y accrochai désespérément : j’étais amoureux, et l’argent était indispensable à la complaisance de celle que je vois maintenant comme une pauvre pétasse. Plus tard, elle ne resta en contact avec moi que de peur de ne pas récupérer ses économies.

De son côté, ma femme dût soupçonner quelque chose d’inavouable, car son regard était devenu méfiant et haineux.

J’étais mal, je ne portais plus mon personnage et, si je sentais qu’à mes enfants, j’inspirais amour et pitié, à ma femme et ma maîtresse, j’inspirais clairement peur et mépris.

Quand cette dernière exigea la restitution de l’argent soi-disant placé, je me dis que je n’avais pas le choix, que je devais l’éliminer. Je me proposai de le faire, et essayai sans trop de conviction. Ce n’est pas facile de tuer quelqu’un qui vous regarde. J’interrompis mon geste et la pris dans mes bras, me confondant en excuses et en larmes.

Qu’elle acceptât mes excuses, qu’elle me laissât la raccompagner chez elle après que j’ai essayé de la tuer, me convainquit de ma totale solitude : celle qui avait, dans mon aveuglement, représenté le salut, me ménageait malgré mon évidente folie dangereuse, ménageant ainsi la possibilité de revoir son argent.

Conrad, je suis incapable de poursuivre ce récit dans le détail. J’ai vécu alors des journées d’incommensurable confusion. Tout ce que je sais avec certitude, c’est que ma femme ne me laissa aucune échappatoire, aucune autre échappatoire, et que ni mes enfants, ni mes parents et leur chien n’ont souffert.

Quatorze  années me séparent du terrible épilogue de cette histoire. Aujourd’hui, grâce à cet effort de reconstitution que je te dois, cette histoire est devenue la mienne. Ces longues années de silence m’ont passablement anesthésié, mais j’espère que tu comprendras que, par instinct de survie, parce qu’il faudra bien que j’existe et que je survive après ceci,  je me garde de voir tout cela d’un autre point de vue que du mien. Je souhaite en tout cas que si nous nous revoyons, notre relation soit, à l’instar de celle que nous avons eue ici, simple et de peu de mots.

 


Selon le mythe grec, les morts devaient boire de l’eau du fleuve Léto pour oublier leur vie passée ; à ma sortie de prison, je me rendrai en Lettonie et boirai de sa rivière la plus septentrionale. Voilà ce qui me plairait de faire avec toi à ma sortie de prison.

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A dire vrai, quand je relis ce courrier avec les yeux de conrad, en essayant de me mettre à sa place le lisant… ça change tout… il faut clore ce chapitre de mon existence , il a raison. Avant d’aller boire l’eau de cette rivière, il faut que je sois débarrassé de remords et rancoeurs, et qu’on n’en parle plus.

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les petits chiens de pierre moestanno

pourquoi je suis parti ? Parce que je ne veux plus vivre dans un monde de chiens, de petits chiens aux petits sentiments , aux petits aboiements. Je ne veux plus entendre parler des petites satisfactions des petits chiens!

 

Ha, vous ne dites rien!  (il recule)  je fais peur aux petits chiens!

 

Ils aimeraient tant aboyer leurs petits mensonges, mais ils se taisent parce que les gros chiens sont là qui les surveillent. Les gros chiens sont toujours là, même quand on ne les voit pas, on ne voit que leurs gros cacas qui salissent tout partout!

 

Les petits chiens sont encore pire car ils vous arrivent dans les jambes par derrière, ils mordent les gros chiens qui contrôlent tout et qui ne voient rien. Personne ne voit rien.

 

J’ai compris. Je ne veux plus vivre dans votre monde. Je ne remettrai plus les pieds sur vos trottoirs pisseux! Je préfèrerais crever que de vivre dans votre monde de merde!

(pleure, sort un mouchoir de sa poche, une lettre froissée en tombe, il la lit) :

“mon chéri, reviens à la maison, j’ai fait un bon gâteau”

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les affinités électives de goethe

 

Les affinités électives de goethe est un livre très intéressant  et se lit avec plaisir. Je ne le trouve pas du tout démodé, ni barbant. J’en ai extrait quelques phrases, mais en les relisant, je me rends compte qu’elles ne reflètent pas l’ambiance ni même toutes les thématiques du roman : le couple, le jardinage …

 

savoir ce qu’on veut

« quiconque veut se libérer d’un mal sait toujours ce qu’il veut. Celui qui veut plus que ce qu’il a, il joue à colin-maillard, il attrapera peut-être quelque chose, mais quoi ? 

agir en amateur

« aux amateurs, l’action importe plus que le résultat : on tâte la nature, on a une prédilection pour tel ou tel petit coin, on n’ose pas se débarrasser  de tel ou tel obstacle, on n’est pas assez hardi pour sacrifier quoi que ce soit, on n’arrive pas à se représenter ce qui en sortira, on essaie : c’est réussi ou c’est manqué,  on change, on change peut-être ce qu’on devrait laisser, on laisse peut-être ce qui devrait être changé, et il reste toujours à la fin un rapetassage, qui séduit ou amuse, mais ne satisfait point » 

« les affaires exigent du sérieux et de la rigueur, la vie, de l’arbitraire : aux affaires convient la plus pure logique, à la vie, de l’inconséquence, celle-ci  a même son charme et sa gaité. Si tu es sûr en affaires, tu pourras être d’autant plus libre dans la vie, tandis que si tu mélange les deux, la sécurité sera entraînée et supprimée par la liberté »  

« c’est une impression si agréable de se mêler de ce que l’on ne connait qu’à moitié que personne ne devrait blâmer l’amateur quand il s’adonne à un art qu’il n’apprendra  jamais, non plus que l’artiste qui, sortant des limites de son art, prend fantaisie de s’aventurer dans un domaine voisin »  

l’instruction :

« il ne faut apprendre comme si l’on veut s’instruire, mais comme si l’on veut instruire les autres »

« il n’est pas de signe extérieur de politesse qui n’ait pas de base morale profonde. La vraie éducation serait celle qui transmettrait à la fois ce signe et cette base »  

 

« c’est quand on s’est pleinement mis d’accord sur le connu qu’on peut marcher ensemble vers l’inconnu »  

 

 la beauté

“la beauté est une invitée toujours bien reçue”

« celui qui regarde la beauté ne peut être effleuré d’aucun mal : il se sent d’accord avec soi-même et avec le monde »

le mariage 

« le mariage est le fondement de toute moralité sociale, il est le sommet de toute civilisation, il doit être indissoluble car il apporte tant de bonheur que tout malheur particulier n’a pas à entrer en ligne de compte : c’est en fait l’impatience qui assaille l’homme de temps en temps, et alors il lui plait de se trouver malheureux. Qu’on laisse passer ce temps et l’on s’estimera heureux de que ce qui a subsisté si longtemps subsiste encore. il n’est point de raison de se séparer, la condition humaine est si haut placée dans les douleurs et dans les joies qu’un mariage crée  une dette infinie qui ne saurait être supprimée que par l’éternité. Ne sommes nous pas mariés avec notre conscience dont nous voudrions souvent être débarrassés parce qu’elle  est beaucoup plus incommode qu’aucun mariage ne saurait jamais l’être ? » 

  

le malheur:

« dans des circonstances où tout est en jeu, on continue à vire comme si de rien n’était »  

« l’homme n’est capable que d’un certain degré d’infortune. Le surplus le détruit ou le laisse indifférent. Il y a des situations où la crainte et l’espérance ne font qu’un et se relèvent mutuellement, et se perdent dans une sombre insensibilité »  

 les affinités et l’amour :

 

« l’amour est ainsi fait qu’il se croit seul des droits, et tous les autres droits s’effacent devant lui »  

« les affinités ne deviennent intéressantes que quand elles déterminent des séparations »  

« il faut savoir estimer toute inclination véritable dans un monde où s’acclimatent naturellement l’indifférence et l’antipathie » 

le ridicule 

« le ridicule résulte d’un contraste moral perçu de manière inoffensive par les sens »  

 

“L’homme sensé trouve presque tout ridicule, l’homme raisonnable, presque rien »  

 

« quiconque parle longtemps devant les autres sans flatter ses auditeurs, déplait »   

 

 

 

l’insignifiance:

« on prend, dans le monde, chacun pour ce qu’il se donne, encore doit-il se donner pour quelque chose. On supporte plus volontiers  les fâcheux qu’on ne tolère les insignifiants »

 

political correctness

« comment le caractère, l’originalité de l’homme peuvent-ils subsister avec le savoir-vivre ? 

 

   

 

 

h de huellas

huellas de zorro

 

cómo revela

sus huellas en la noche

la luna llena !

taveyanaz clic ici

un manto de silencio      clic ici

sábana blanca

un manto de silencio

cobija el sueño

noir clic ici

noir

e de étonnant clic ici

l'ombre

le soleil donne l’ombre   

mais plus il baisse, plus elle croît  

n’est-ce pas étonnant?

 

mauve clic ici

mauve

deux soeurs sur la route clic ici

deux soeurs sur la route

g de ganas clic aqui

blanca alegría 

ganas de volteretas

en tu algodon

 jose y la nieve

repus coloré E 782 Clic ici

Tout vint de ce qu’il n’était pas désolé.

Il avait dit : « elle est passée au rouge » alors qu’il aurait pu dire : « je suis passé au vert ».

 Il avait dit aussi « il faut que les choses soient, qu’elles soient comme elles ont été, et il avait ajouté « dans toute leur laideur, telles qu’elles ont été ».

 Il dit encore : « la réalité est multiple, sa résultante est un pet dans l’eau »

 Alors hors de lui un représentant de l’ordre prit la foule à témoin et conduit un cœur époustouflant qui emporta l’âme dans l’éther en arrachant les restes d’ailes du brave homme. 

 Ils ont jugé le schizophrène, mais ils n’ont condamné personne car il n’y avait plus là qu’un tas de viande bien organisé, dans un sac étanche, qui en avait crevé un autre, perdant son jus, suintant du gras brillant par des hernies blanchâtres, distillant du repus coloré E782.

 

Et elle gisait sur le bitume, évoquant le plat du jour à ceux-là même qui formaient l’orchestre.

 

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l’attente du sursis…clic ici

Une femme amère attend midi vingt-cinq, triste surnom d’un homme qui arrive systématiquement en retard, mais il est une heure, la femme amère fait place à la femme inquiète, et s’il ne revenait pas ? Vertige de la chair, du côté du portemonnaie. Que volerait encore une grasse matinée, et contre qui réussir sa béarnaise ?

S’il revient, je promets. Et justement parce qu’il n’a pas l’air de revenir, je promets. Jamais plus je ne l’appelerai midi-vingt-cinq, pour autant qu’il revienne, pourvu qu’il revienne, sinon il sera midi vingt-cinq pour toujours, et toute une vie, l’attente du sursis.

 

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de la a a la n de no clic aqui

desnudo el árbol

dando sombra al ausente

vive el invierno

 

 

cae la niebla

y se borran los nombres

de los objetos

 

 

col y castañas

con viento perfumado

salen del cuerpo

 

 

hacia las nubes

respira la madera

la  chimenea

 

se hunden los dedos

cinco balas derriten

todo tu hielo

 

 

sol que da sombra

más bajo él más crece ella

no es esto extraño ?

 

 

lleno de frío

se yergue un tronco hueco

entre las rocas

 

blanca alegría 

ganas de volteretas

en tu algodón 

 

una hoja seca

herencia del otoño

quedó dormida

 

 

pino y abeto

un abrazo en el suelo

ira del viento

 

 

los días cortos

la nariz goteando

jodido invierno

 

 

ruta azarosa

perdido el kilómetro

bajo los copos

 

 

tierra pintada

con pinceles de nubes

color de luna

 

cómo revela

sus huellas en la noche

la luna llena !

 

 

sábana blanca

un manto de silencio

cobija el sueño

 

 

no hay más camino

para los pies que vuelven

donde han partido

 

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d de dedos clic aqui

 

 

 

se hunden los dedos            

cinco balas derriten              

todo tu hielo

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c como col y castañas clic aqui

col y castañas

 

col y castañas     con viento perfumado     salen del cuerpo

-

b comme brouillard clic ici

 

brouilard-chalet 

le brouillard tombe     et sont effacés les noms     de tous les objets

 

 

a como árbol clic aqui

 

arbol 

desnudo el árbol       dando sombra al ausente        vive el invierno

                                                 

 

l’âme et ses ailes Clic ici

…l’âme ressemble aux forces combinées d’un attelage ailé et d’un cocher. Tous les chevaux et les cochers des dieux sont bons et de bonne race ; ceux des autres êtres ne sont pas d’un sang pur. Chez les hommes, le chef de l’attelage dirige deux chevaux, l’un des deux est bon, l’autre est vicieux. Le premier des deux a la plus belle prestance ; sa forme est élancée et découplée ; il a l’encolure haute, les naseaux recourbés, la robe blanche, les yeux noirs ; il est avec tempérance et pudeur amoureux de l’estime, et pour ami, il a l’opinion vraie ; sans qu’on le frappe, par simple exhortation et par sa seule raison, il se laisse conduire. Le second au contraire est tortu, épais, jointuré au hasard ; il a le cou trapu l’encolure épaisse, le visage camard, la robe noire, les yeux glauques ; il est sanguin, ami de la violence, et de la vantardise ; velu tout autour des oreilles, il n’obéit qu’avec peine à l’aiguillon et au fouet. Nécessairement donc, la conduite de notre attelage est difficile et pénible…

La force de l’aile est par nature de pouvoir élever et conduire ce qui est pesant vers les hauteurs où habite la race des dieux. De toutes les choses attenantes au corps, ce sont les ailes qui le plus participent à ce qui est divin. Or, ce qui est divin, c’est le beau, c’est le sage, le bon et tout ce qui est tel. Ce sont ces qualités qui nourrissent et fortifient  le mieux l’appareil ailé de l’âme, tandis que leur contraire, comme le mauvais et le laid, le consument et le perdent.

Toujours en équilibre, les chars des dieux sont faciles à conduire et montent aisément jusqu’aux plus hauts sommets de la voûte céleste. Ceux qui les suivent, par contre, ne grimpent qu’avec peine, car le coursier doué d’une complexion vicieuse s’affaisse, s’incline vers la terre et s’alourdit, s‘il n’a pas été bien élevé par ses cochers. Alors une tâche pénible et une lutte suprême s’offrent  à l’âme de l’homme…

Les âmes parvenues au sommet, passent au dehors et vont se placer sur le dos même du ciel ; et, tandis qu’elles s’y tiennent, le mouvement circulaire les emporte et elles contemplent l’envers même du ciel…pareille à la pensée de dieu, toute âme, cherchant alors à recevoir l’aliment qui lui convient, se réjouit de revoir après un certain temps l’être en soi, se nourrit et se rend bienheureuse en contemplant la vérité, jusqu’à ce que le mouvement circulaire la ramène à son point de départ. Durant cette révolution, elle contemple la justice en soi, elle contemple la sagesse, elle contemple la science, non cette science sujette au devenir, mais la science qui a pour sujet l’être réellement être…

Mais l’âme des hommes est  troublée par ses coursiers. Telle âme humaine tantôt s’élève et tantôt s’abaisse, et, violentée par ses chevaux, elle aperçoit certaines réalités  tandis que d’autres lui échappent. Toutes les âmes sont avides de monter, elles se jettent les unes sur les autres et se foulent aux pieds, chacune essayant de se porter avant l’autre. De là, un tumulte, une lutte et une suprême fatigue. Par la maladresse des cochers, beaucoup d’âmes alors deviennent boiteuses, beaucoup brisent une partie de leurs ailes. Toutes, malgré leurs efforts répétés, s’éloignent sans être parvenues à contempler l’être en soi ; et elles s’en vont en ayant obtenu qu’opinion pour pâture.

 

Quand un homme, apercevant la beauté d’ici bas, se ressouvient de la beauté véritable, son âme alors prend des ailes, et, les sentant battre, désire s’envoler.

L’homme à peine a-t-il reçu par les yeux les émanations de la beauté qu’il s’échauffe et que se ranime la nature de ses ailes. Cette chaleur fait fondre l’enveloppe qui, depuis longtemps resserrée par la sécheresse, empêchait les germes de pousser. L’affluence nourrissante de ces émanations déploie la ramure des ailes et active son développement depuis les racines jusque sur toute l’âme, car autrefois, l’âme était toute ailée. En cet état l’âme entière bouillonne et se soulève. Elle souffre ce qu’ont à supporter ceux dont les dents se forment. Lorsqu’elles commencent à pousser, leur développement forme tout autour des gencives une démangeaison et une irritation. L’âme souffre d’un pareil agacement lorsque ses ailes commencent à pousser, car la pousse des ailes occasionne une effervescence, une irritation et un prurit du même genre. Quand elle porte son regard sur la beauté d’un garçon, des parcelles de beauté s’en détachent et s’écoulent en elle, et en pénétrant l’âme, ces parcelles la raniment, elle se réchauffe, se repose de la douleur et s’en réjouit. Mais quand elle est séparée du bien aimé, et qu’elle se dessèche, les bouches des issues par où sortent les ailes se dessèchent aussi, se ferment et empêche les ailes de croître. Enfermées avec le désir dans l’intérieur de l’âme, ces germes bondissent comme un pouls agité, heurtent chacune des issues qui leur sont réservées, de sorte que l’âme entière aiguillonnée de toutes parts, devient furieuse et affligée. D’un autre côté, le souvenir du beau la réjouit. Ce mélange de douleur et de joie la tourmente par son étrangeté ; elle s’enrage dans sa perplexité ; sa frénésie l’empêche la nuit de dormir et de rester pendant le jour en place ; elle court, avide, là où elle croit pouvoir apercevoir celui qui détient la beauté. Quand elle l’a vu et s’est imprégnée de désir, elle sent s’ouvrir ce qui s’était fermé naguère, elle se reprend à respirer, et, cessant de sentir aiguillons et douleurs, elle cueille en cet instant la volupté la plus douce. Dès lors l’amant ne voudrait plus se séparer volontairement de son aimé : personne ne lui est plus précieux ; il oublie mère, frères et tous ses compagnons, et si alors il perd, en la négligeant, sa fortune, il ne s’en soucie point. Les usages et les convenances qu’il se piquait auparavant d’observer, il les méprise tous. Prêt à être esclave, il consent à dormir où l’on voudra, pourvu que ce soit le plus près de son désir. Outre qu’il révère, en effet celui qui détient la beauté, il ne trouve qu’en lui le médecin de ses plus grands tourments.

 

Ce sentiment, les hommes l’ont appelé Eros

 

 

Extraits du phèdre ou de la beauté des âmes, de platon

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bleu

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conrad

Conrad est un Prussien-oriental qui s’est fait taillader à l’âge de sept ans par des bombes américaines vengeresses à Königsberg à la fin de la deuxième guerre mondiale. Plusieurs membres de sa famille y sont morts, et sa sœur jumelle, sur laquelle il était couché lors du bombardement qui l’a blessé, disparut.

koenigsberg, automne 1942

Aujourd’hui, c’était l’anniversaire de grand-mère et pour une fois, Maman et les grands ont mangé avec nous en haut. On était six, eux trois, et nous trois. Grand-mère a pleuré quand Adelheid lui a donné des fleurs. Elle écrasait sa tête sur sa poitrine en disant “sainte marie, mère de dieu, aimez-vous les uns les autres” et on s’est tous mis à pleurer.

Moi, je préfère grand-mère et Adelheid, parce que maman elle, elle préfère les grands, Johan et Verena, ils veulent devenir soldats. Maman aime les soldats. Papa, il nous aime tous mais surtout Oswald, il a quinze ans, il est fort, il a gagné des médailles, et maman est fière de lui. Il est parti avec papa à la guerre, pour sauver l’Allemagne. Grand-mère elle dit toujours “Jésus-Marie-Josef, à quoi bon” et c’est vrai, à quoi ça sert, il est parti très loin, c’est la guerre et papa n’est pas là, Oswald non plus, c’est des autres soldats qui mangent à la maison, et qui crient pour parler comme s’ils étaient sourds, et maman aussi, elle parle très fort et grand-mère a peur. Moi aussi j’ai peur, une fois, il y en a un qui a pris Adelheid comme un sac de patates sur les épaules, et qui partait avec, maman riait, il disait qu’ils allaient la manger, parcequ’ils avaient faim, Adelheid criait tellement fort qu’il l’a lachée pour se boucher les oreilles. Ils riaient tous sauf grand-mère et moi et Adelheid a vomi. Maman, elle préfère les soldats à nous, elle leur fait à manger au réfectoire, en bas, avec Johan et Verena, nous, on reste avec grand-mère, elle nous raconte des histoires qu’on apprend par coeur :

es waren twei königskinder

die hatten einander so lieb

sie konnten zueinander nie kommen

denn das wasser war viel zu tief



Grand-mère n’aime pas la guerre, elle dit qu’elle est prussienne, pas allemande. Elle dit qu’elle en a marre de tout ce bruit, que c’était mieux avant mais qu’il ne faut pas le dire, qu’on serait mieux à la campagne et c’est vrai, on serait tous ensemble, tout seuls, nous les prussiens, et papa couperait du bois et maman ferait à manger pour nous et on apprendrait des histoires avec grand-mère.

Quand je serai grand, moi aussi je serai soldat, et j’arrêterai la guerre. Notre führer et maman seront fiers de moi, et grand-mère sera contente. Adelheid m’amènera des fleurs en pleurant, puis on irait nager rien que les deux.

Au bord de la pregel

J’aime venir ici. Maman dit que c’est dangereux, que des mitrailleuses peuvent surgir de la mer, qu’on peut se retrouver en pleine bagarre, tout d’un coup, sans rien entendre avant. Moi, je préfère qu’on entende rien avant, puis tout d’un coup, c’est fini, on ne voit plus rien. On joue, on a chaud, on est bien puis pschhh…, plus rien. Comme quand je courrais dans la rue et le cheval m’a passé dessus, pschh…plus rien. Je me suis réveillé dans la chambre de grand-mère, Adelheid me regardait en louchant, puis elle m’a souri, elle n’a rien dit, on est resté longtemps tout seuls à se faire des grimaces, et quand elle a entendu Oswald rentrer dans la chambre elle a crié : il vient d’ouvrir les yeux, il est vivant, il louche! c’était pas vrai, d’abord, c’est elle qui louchait, moi j’y arrive pas, puis ça faisait très longtemps que j’avais ouvert les yeux, au moins nonante minutes, beaucoup.

Ici, à la plage, j’ai jamais vu de bagarre. Une fois, j’ai vu des cuirrassés, des avions, des sous-marins, mais ils avançaient sans faire de bruit, j’ai quand même eu les oreilles qui bourdonnent, j’ai été chercher Adelheid qui jouait avec les grands, elle voulait rester avec eux, mais pour une fois, j’étais plus fort qu’elle, je l’ai tirée par le bras, jusque derrière un tonneau, pour qu’ils ne nous voyent pas, les grands ont couru vers la ville, Adelheid et moi, on est resté tout seuls, sans bouger, elle avait l’air fâchée, pas comme quand elle crie, fâchée juste avec les yeux. Elle a fait les petits yeux très longtemps, je l’ai imitée, elle a éclaté de rire, moi aussi. Elle m’a dit que si un jour, il y avait vraiment la guerre, qu’ils tiraient vraiment, comme une fois, quand tout le monde courait dans la rue, et qu’on avait pas le temps de rentrer à la maison, alors, une fois elle, une fois moi, chacun son tour, on devait se mettre l’un sur l’autre pour qu’y en ait que un qui meure. Moi, je lui ai dit que non, que j’étais un homme, que je devais la protéger, que c’était moi au-dessus. Elle m’a dit que c’était elle dessus d’abord, mais qu’après on pouvait changer, parceque moi j’étais plus grand en grandeur, elle en minutes. De toutes façons, je veux pas qu’elle meure si moi je suis vivant, parce que j’irais avec elle dans la terre pour pas la laisser seule quand elle se réveille, comme elle a fait avec moi, et j’ai déjà une fois été dans la terre quand j’étais vivant, pour jouer, mais on étouffe.

J’aime bien venir ici, mais Adelheid, elle va trop loin, si c’est vraiment la guerre, je pourrai pas me coucher dessus.

meinrad ne viendra jamais…Clic ici

 CONRAD

 Conrad est un Prussien-oriental qui s’est fait taillader à l’âge de sept ans par des bombes américaines vengeresses à Königsberg à la fin de la deuxième guerre mondiale. Plusieurs membres de sa famille y sont morts, et sa sœur jumelle, sur laquelle il était couché lors du bombardement qui l’a blessé, disparut. Il s’est ensuite trouvé réduit à l’état de bête, nichant sous les pilotis des baraques des gardes russes qui le saoulaient de force et abusaient de lui dans un goulag aux alentours de la ville rebaptisée Kaliningrad. Sa mère, cuisinière du camp, réussit à économiser de quoi s’échapper avec lui à Berlin –est en vendant la moitié de leur ration de pain journalière pendant huit ans. Après deux ans de magouilles et privations, ils réussirent à se payer le laisser-passer pour Berlin-ouest, où Conrad fut pris sous la protection d’une famille riche qui l’aida à faire des études. Devenu ingénieur, il demanda en mariage la fille de sa famille d’accueil. Elle le rejeta, lui préférant un damoiseau de son milieu, et quand dix ans plus tard, après des échecs répétés, elle se tourna vers lui devenu directeur d’entreprise, il ne se maria avec elle que pour mieux se venger de la fille de riche qui l’avait méprisé. Il la fit souffrir quelques années à coups de doubles contraintes, elle versa dans l’alcool, il obtint le divorce. Une brusque augmentation de la matière première dont dépendait son business le conduit à la faillite, et malgré ses 40 ans, il prit la route avec un violon dont il ne savait pas encore jouer, et se proposa de vivre de la mendicité le reste de ses jours. Alors qu’il n’avait encore parcouru que l’Europe septentrionale et appris à dominer un répertoire d’une douzaine de mélodies, un cancer des intestins l’obligea à renoncer à ce genre de vie. Il vécut alors une confortable retraite à Hambourg, pensant chaque année qu’il vivait sa dernière année. Après 15 ans de rechutes et rémissions de la maladie, il avait lu tous les auteurs allemands, anglais et américains du XXème siècle, et la lecture de Bourdieu le  rendit attentif au fait que les opérations boursières qui lui procuraient de substantiels bénéfices avaient leur part d’immoralité. Il joua aux dés son sort et sa destination suivante selon un procédé compliqué qu’il avait mis au point : il échoua dans un cadrant compris entre 6°55’ et 7°00 Est et  47°05’ et 47°00’ Nord, c’est à dire dans les montagnes neuchâteloises, en Suisse, où il vivait enfin heureux en composant des mélodies quand un incendie survint.

 

Seigneur, c’en est trop.
 
Disposez de moi, je n’en peux plus.
 
Je ne suis plus qu’un tas de chair vieille, meurtrie et sale, je ne suis plus qu’un froid aux pieds, une énorme fatigue, une douloureuse courbature. Et seul, ni vivante fourrure, ni réconfortant soleil, ni doux gazouillis.
 
Seigneur, tu m’as vu à genoux, dans la neige, près du feu, près de la maison en feu, pourquoi n’as-tu pas fait s’abattre sur moi les poutres enflammées, pourquoi ne m’as-tu pas achevé avec ce petit bout d’existence tranquille dont je jouissais enfin.
 
Combien de fois encore faudra-t-il que je perde tout ?
…………..

Et brusquement, l’éternité, comme un moment figé qui échappe au temps et à l’histoire, comme s’il formait un astre duquel on pouvait éternellement contempler la même aube : un violon calciné dans la neige, des craquements dans la forêt, noire et blanche en contrebas du champ lumineux, l’ombre de la crête vers le levant, l’odeur de fumée froide, un vent glacial, le soulagement des braises. Comme si chaque instant où l’histoire s’arrête s’arrachait, allait rejoindre un monde d’essence, dans lequel on a toujours existé.

 

 

 

S’y trouvent les sempiternelles images de la guerre dont je ne sais plus si ce sont des souvenirs ou des reconstructions fabriquées à partir des récits de toutes les guerres : sofas crevés, femmes violentées, de la fumée dense, noire et rouge embrasant les immeubles, les morts et les blessés piétinés, qui gémissent, des bottes, des bruits de bottes, des regards vides, des tas de guenilles et des photos mouillées autour de valises éventrées. Tout cela je le connais, mais je ne le sais plus vraiment, c’est comme un bruit de fond, cela ne m’appartient pas comme m’appartiennent d’autres images, d’autres moments, douloureux.

 
Le départ de Königsberg, maman qui entre et qui sort sans cesse de la maison, chargeant la carriole de malles, arrachant à grand-mère en pleurs des reliques – inutiles disait-elle-, l’affolement de tous dans la rue –ils arrivent, ils sont là, tout près, les Russes, ils ont faim, c’est la fin, le salut par la mer. Les cris, les gifles, la panique. Puis ce furent les larmes silencieuses, les lèvres mordues, le froid aux oreilles, les bruits d’estomac.
 
Une colonne interminable de voitures à chevaux, un chemin de glace sur l’eau, à perte de vue une colonne avançant lentement sur la glace, le rythme des pas et le silence des hommes, chacun seul, les yeux perdus quelque part entre la peur, la fatigue, et la faim. Il faudra bien entrouvrir les lèvres pour demander son tour à être assis dans la carriole, pour mâcher une couenne de lard, il y aura un goût de fer, le goût du sang des crevasses qui s’ouvrent, l’impression de se manger la bouche dure et froide, étrangère. Et quand on aura eu besoin, on se sera mouillé, parce qu’auparavant, on aura vu une femme renoncer, qui cherchait à rejoindre les siens, et on aura vu les autres la contourner, quand les jambes sous elle renoncèrent, et son visage se crisper, ses yeux se gonfler, et la bouche grand s’ouvrir, pour chercher l’air à travers le sanglot.
 
Puis, ce fut le demi-tour, les yeux à peine s’étaient levés vers la mer, tant ils savaient, à la longueur de la caravane, au calme résigné de tous, qu’il n’y avait plus de pain, qu’il n’y avait plus d’embarcations. Qu’il fut lent, ce demi-tour, le temps que chaque paire de paupières se referme sur son sort, le temps que chaque gorge ravale sa salive avec son reste d’espoir.
 
Dès lors, ce fut le chaos, les chevaux qui tombent, qu’on abat, dont on déchire la viande à la main, qu’on s’arrache, qu’on m’enfourne, chaude, épaisse, gluante dans la bouche, Adelheid vomissant du sang, grand-mère à genoux regardant le ciel, des hommes qui se battent, des vieux hagards, secouant la tête, – non, je reste ici, j’ai sommeil, c’est la fin- des coups de feu devant, derrière, des bombardements, et la course désordonnée des gens comme la course du poivre dans l’huile de la soupe.
 
 
cheval abatu
 
 
 
« Adelheid ! »
 
Adelheid m’avait abandonné un jour semblable à cette nuit, et mon désarroi me conduit aussi, aussi maintenant, à la chercher en vain dans les décombres, en vain alors aussi, mais la chercher alors était plus raisonnable.
 
Le fait est qu’elle était sous moi, et je ne l’ai jamais revue. »

las palabras de neruda…Clic ici

Todo lo que usted quiera señor, pero son las palabras las que cantan, las que suben y bajan,… me prosterno ante ellas…las amo, las adhiero, las persigo, las muerdo, las derrito… amo tanto las palabras… las inesperadas, las glotonamente se esperan, se acechan, hasta que de pronto caen… vocablos amados… brillan como piedras de colores, saltan como platinados peces, son espuma, hilo, metal, rocío… persigo algunas palabras… son tan hermosas que las quiero poner todas en mi poema… las agarro al vuelo cuando van zumbado,, y las atrapo, las limpio, las pelo, me preparo frente al plato, las siento cristalinas, vibrantes, ebúrneas, vegetales, aceitosas, como frutas, como algas, como ágatas,  como aceitunas…y entonces las revuelvo, las agito,  me las bebo, me las zampo, las trituro, las emperejilo, las liberto… las dejo como estalactitas en mi poema, como pedacitos de de madera bruñida, como carbón, como restos de naufragios, regalos de la ola… todo está en la palabra… una idea entera se cambia porque un palabra se trasladó  de sitio, o porque otra se sentó como una reinita adentro de una frase que no la esperaba y que le obedeció… tienen sombras, transparencia, peso, plumas, pelos, tienen de todo lo que les fue agregando de tanto rodar por el río, de tanto transmigrar de patria, de tanto ser raíces… son antiquísimas y recientísimas… viven en el féretro escondido y en la flor apenas comenzada…

(Confieso que he vivido, Pablo Neruda)

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noos

la parole humaine de flaubert

« La parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours quand nous voudrions  attendrir les étoiles »     Flaubert

l’inatteignable rêve…Clic ici

balle bleue

de rodillas…Clic ici

à genoux

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vert

una mujer caminaba despacio…clic aqui

Una mujer caminaba despacio. Un niño y un teléfono al que no paraba de lanzar palabras le ocupaban cada mano. Delante, otra mujer se le acercaba. También despacio y con un niño que le colgaba de un brazo. Del otro, una bolsa.
     Cuando se cruzaron, sendos tirones no les dejaron continuar; los niños las abandonaron, y siguiéndolos con los ojos ellas aprovecharon, ignorándose, una para acompañar las palabras gesticulando con los dedos, y la otra para cambiar de lado el peso de la bolsa.
     Los niños se acercaron uno a otro hasta contactar con sus cuerpos; tan pegados estaban que parecían un único ser de dos cabezas. Se olisqueaban, sobre todo se olisqueaban. A pequeños mordiscos sin apretar seguían repetidas inspiraciones con las que se recorrían. Si hubo algún cruce de palabras o algún sonido mínimo, fue imperceptible. El continuo roce con el que se envolvían creando círculos que los trasladaba describiendo el movimiento de la peonza que formaban, quedó interrumpido al volver los brazos de las mujeres a sujetarlos y tirar de ellos.
     Se miraron por última vez alzando sus cabezas y metiendo aire por su nariz prolongadamente de modo sincopado. Después siguieron cada uno su camino que era el de las mujeres que se alejaban. Los seguí inmóvil mirando alternativamente a un lado y a otro hasta que desaparecieron. En ningún momento levantaron la pierna para dejar una mancha húmeda en un árbol, una pared o una rueda.
    
Si uno mira, puede fijarse en cosas como ésta.

plus au nord…Clic ici

Un jour, un sandwich est resté coincé dans la machine à emballer,

 Alors, maman est partie.

 C’était bien avant que je naisse.

 Elle était restée à l’usine à cause de l’odeur des croissants

 À cause du bruit de la machine à nettoyer les plaques du four,

 Et puis à cause du contremaître.

 Il avait les yeux en amande et une douceur dans ce regard.

 Il fallait le voir balayer, il était seul dans ces moments-là,

 Il balayait avec un sérieux…

 

Mais ce sandwich tordu, coincé entre les tenailles de la machine à emballer…

 

Elle est partie.

 

Personne n’a rien remarqué, sauf les clients du bar TGV Express

 Qui ont reçu leurs sandwichs sans capote ce jour-là

 

Elle m’a expliqué qu’en sortant de l’usine, elle se sentait bien

 Le jour n’était pas encore levé bien qu’il devait être plus de 4 heures (le grillage était ouvert)

 Il faisait froid et elle marchait vite. On n’entendait que le bruit de ses dents qui grinçaient et de ses pas décidés qui semblaient la mener à un endroit convenu d’avance avec quelque fantasme originel : le froid, le vent, les bruits qu’on fait soi-même et le regard qui porte au-delà de la nuit brumeuse, jusqu’au Grand-Nord, où je vis.

 

Elle a enfourché une bicyclette qu’il y avait là, avec une pompe accrochée dessus, on ne sait jamais…, et elle est allée jusqu’au lac, un autre lac, plus sombre, où elle était née, une des nombreuses fois où elle était née, pour toujours.

 

Maman pensait qu’on naissait à chaque fois pour toujours, à chaque fois qu’on rencontre quelqu’un qui te regarde et qui te voit, mais cela faisait longtemps que cela ne lui était pas arrivé.

Et ce matin là (le jour s’était levé), comme par hasard, elle rencontra mon père.

Ce n’était d’abord qu’un petit point sur la route, mais elle a pédalé, pédalé, et est très vite arrivé à sa hauteur. Il était en tenue et en position de combat, sur un vélo de course orange, il était ringard comme pas deux, mais il y avait quelque chose dans sa façon de remettre la gomme à chaque tour de pédale qui trahissait son incompétence totale pour ce à quoi il se destinait obstinément : être le roi de la petite reine, et ça, c’était charmant. Maman l’a regardé un bon moment, sans qu’il la voie car il regardait la vieille bicyclette qui faisait un boucan pas possible : elle avait oublié de retirer la dynamo. Puis elle l’a dépassé, et s’est mise à faire des singeries pour qu’il la remarque : elle a d’abord roulé sans les mains, puis sans les pieds, puis sans les dents : elle s’était cassé la figure.

 

Tu vois, là j’aurais pu enjoliver l’histoire, parce que sans blague, je ne suis pas fière de cette rencontre. Tout ce qui l’avait amené là était si grave, tellement fort et dense, et cette rencontre si stupidement comique… mais la vie est comme ça, elle nous rappelle toujours à l’ordre des choses d’ici bas, la loi de la gravitation, l’estomac qui a faim, et puis la dérision de n’être qu’un petit bout de viande à travers lequel on essaye de faire écho à toute cette beauté, cette grandeur, Dieu, sur le nombril duquel on divague. Mais ça, mieux vaut ne pas en parler, Nombrar es pecar, Nommer c’est pécher. Quoi, tu ne parles pas l’espagnol ? t’es vraiment aussi ringard que mon père !

 

Maman ressemblait à un chanteur de rock irlandais, et papa n’aimait pas les chanteurs de rock ; mais elle avait quelque chose d’à la fois désespéré et serein qui l’a accroché. Il lui a payé un dentier, et il s’est dit que cet animal là épaterait ses copains.

 

"maman resemblait à un chanteur de rock irlandais"

"maman resemblait à un chanteur de rock irlandais"

 

 

Voilà, je suis née dans ce monde-là, parce que papa avait un authentique retard d’affection, et maman un sens de la dérision hors du commun.

 

Papa et maman se disputaient tout le temps, papa disait « je crois au progrès », maman avait peur, elle disait qu’on était foutus, qu’on était allé trop loin, qu’il suffisait de retirer ses lunettes pour s’en apercevoir.

 

Ceux qui croyaient au progrès sont partis à la guerre, aucun n’en est revenu.

 

Puis, maman m’a assise toute nue sur une chaise, m’a fait entendre d’horribles bruits du dehors, m’a fait regarder dans un miroir où  je ne me suis pas reconnue et m’a dit :

 

Lise, tu vas partir

 

Je vais réaliser un rêve

 

Maman est morte, je n’ai plus d’elle qu’une image, elle avait mis son pull bleu et son pantalon marron, et c’est vrai qu’elle était belle ainsi, maman.

 

Elle se demandait ce qu’on deviendrait sans les adultes, sans leur savoir, sans les encyclopédies. Serait-on encore des hommes ou seulement des animaux ? Et c’est bien cela qu’il restait à inventer, un monde où l’humanité réside dans l’homme, pas dans l’outil. Maman est morte avec les autres, je ne sais pas ce qui s’est passé, ils nous ont mis sur un radeau, tous nus, leurs yeux brillaient plus que jamais, ils avaient confiance, je crois, puis ils se sont éteint.

 

Nous ne gardons d’eux que le souvenir, ils y sont tellement plus beaux ! Nos souvenirs, nous y tenons, nous les cultivons, c’est ce qu’il y a de plus facile : là dessus, rien ne pousse, pas même de la mauvaise herbe. Tous les matins, on retrouve la terre couverte de larmes, et cela donne une boue onctueuse. Le rituel est le suivant : on y va tout nu, on pleure, on trépigne, on se couche dans la boue, on s’en met sous toutes les coutures, on creuse un trou, on pisse dedans, puis on rebouche, on se laisse sécher au soleil, on s’époussette, puis on part en courant.

biographie …Clic ici

Née troisième d’une famille de six enfants d’une femme seule continuellement en voyage, j’ai grandi dans un chaos indescriptible. À six ans j’ai choisi d’y survivre : j’ai renoncé au sein des hommes, et la terre m’a nourrie de chansons.

Durant la période de scolarité obligatoire, je n’ai jamais été plus de deux années consécutives dans la même école, j’ai deux fois redoublé pour excès d’absences injustifiées : je montais régulièrement dans un arbre où je fermais les yeux sur le ciel et les ouvrais sur le monde, c’était édifiant. J’ai été quatre fois renvoyée pour manquement à la discipline : la discipline n’aime pas les sophistes.

J’ai fêté mes quinze ans en peignant rose panthère, à l’aide de deux jeunes frères dont j’étais le héros, un gigantesque lion en forme de monument. Son ravalement dans l’heure provoqua mes premières règles. Je fus faite femme le soir même, en même tant qu’une amie, sans plaisir, d’un camarade de tente, c’était à la mer du nord, il y avait du gris dans le ciel et du gris dans l’eau.

Après  m’être désespérée à redresser un fou de dix ans mon aîné, je m’associai pour rire avec un petit fils de négociant en spaghetti. Les richesses accessibles de plain-pied firent notre affaire, puis il me quitta pour un avenir qu’il a modifié en cours de route.

Un pasteur sadomasochiste m’utilisa sept ans durant pour vérifier avec beaucoup d’entrain et peu de conviction les lois simples de la physique : tout ce qu’on monte, on le redescend (ça, c’était à ski), et, si on ne s’est pas fatigué pour obtenir quelque chose, c’est que quelqu’un d’autre s’est fatigué pour vous (ça c’est du côté plus spirituel). Il constata par ailleurs et quotidiennement que les parties intimes de mon anatomie n’avaient pas beaucoup de conversation : il  leur fit répondre plus de mille fois la même chose à la même question. Sans s’être lassé, il embrassa le monde sans moi.

Atteinte de la trentaine, je consultai un psychiatre auquel je donnais mal à la tête. Il ne me versa pas les honoraires attendus, je fis contre lui plus que je ne fis avec les autres, ce qui me promut chef d’entreprise et directrice d’école du même coup. Le désarroi de mon plus jeune client me toucha et cela se sut, ceux des autres qui n’étaient pas partis d’eux-mêmes furent poussés du nid par ce coucou. Il combla mon instinct de mère, mais laissa un grand vide au rez-de-chaussée.

C’est alors que je mis cette annonce : personne n’ayant rien à dire cherche personne n’y entendant rien. L’absence de réponse valable à sa parution régulière me semblait confirmer la bonne formulation du texte quand un espion étranger me fit remarquer qu’au niveau de la logique formelle, toute candidature était valable et qu’il posait la sienne.

Nous coulons depuis lors des jours heureux

el pezalbóndiga…Clic aqui

Cualquier día podía ser bueno, si no excelente, para que esto no hubiese ocurrido. Por otra parte es muy frecuente, que si uno se fija bien, acabe viendo cosas que normalmente pasan desapercibidas, incluso, si se fija muy bien, vea cosas que no existen. El día, pues, era propicio para ello; para todo ello.

 

Un horizonte recto separaba dos azules, dos negruras con el paso de una nube ; la luna, alta y redonda, iluminaba todo como si fuese de día, o tal vez lo era porque nada es lo que parece, y las aparencias pueden ser ciertas. Y…porque con una luna así, o porque era de día, que nunca se sabe, las estrellas, por mucho que miraba, no aparecían. De haberlo hecho, o de haberlas visto, aquel punto luminoso que se acercaba botando por el agua podría haber sido una de ellas caída. Pero más bien no, porque el movimiento no era exactamente el adecuado : se sabe que una estrella cuando cae sobre el agua, lo hace deslizándose dando pequeños botes sobre su superficie, deslizándose, nunca sumergiéndose, ni un poco siquiera, porque entonces se apagaría. Y aquel punto se sumergía, o más bien, hablando con propiedad, en este caso describiéndolo con rigor, emergía nada más tocar el agua en sus caídas desde el aire; emergía.

 

Era la sutil diferencia entre salto y bote la que no hacía posible la caída de una estrella. Así, cerrada una, se abrían otras muchas posibilidades para la luz saltarina, que acercándose desde la distancia descubriría, por fin, en algún momento, a los ojos que la miraban, su verdadera naturaleza.

 

Cada vez más próxima a estos ojos, la luz aparecía más grande, cosa que como es lógico no les causó sorpresa, y su agrandamiento creciente y mantenido, lejos de deberse a ella, obedecían al afán de discernir cuanto antes de qué se trataba la luz, que se desveló como un reflejo de la misma en una alargada forma plateada.

 

No había lugar para la duda en calificar aquello como un pez que se acercaba a la orilla reflejando la luz de la luna. Sólo quedaba esperar que llegase para saber de qué pez se trataba.


 

Los últimos saltos cogieron a los ojos distraídos mientras miraba con ellos alrededor de la situación para saber si alguno más los acompañaba en aquel descubrimiento. Nada. Ninguno. Fui el único que observó cómo el pez saltó del agua a la arena.

 

Siguieron los saltos de avance, mucho más pequeños en este nuevo medio, pero duraron poco; en seguida se convirtieron en convulsiones zigzagueantes que lo adelantaban. Cuando pasó a mi lado el pez, rebozado, había alcanzado la destreza suficiente como para deslizarse, caminando de puntillas sobre las pequeñas aletas ventrales, en la superficie de la arena.

 

Otro día; también cualquier día podía ser bueno; seguí la dirección que el pez había marcado desde el agua alejándose de ella. No muy lejos, en un monte mellado de pies cubiertos de maleza y árboles, hice otros descubrimientos que me mostraron un mundo que recojo y voy llenando, desde entonces, en un papel.

 

Llevó su tiempo, el que hace posible cada sorpresa, el que se necesita para el deseo, la dedicación, la predisposición y el hallazgo. Conocí así a lo que bautizé como litoscorpión, una suerte de piedra con carnosas tenazas por delante y aguijonada cola por detrás, que daban vida y movimiento al reino mineral. Conocí así, más tarde, a la hojahormiga, que me reforzó en la evidencia del paso evolutivo. Después fue el nido volador, una realidad de cesto vegetal con alas, que trasportaba los huevos sorteando las ramas por el bosque, quien la confirmó. Luego vinieron, según voy anotando en el bestiario, los ….

 

Pero eso es otra historia, la que me esta ocupando ahora, la que me hace sentir vivo, a contar quizá en otro momento.

 

Y todo gracias al pezalbóndiga.

tout est là…Clic ici

el rey

 

Celui qui m’a le plus appris était un chien. Il savait exactement quand le bonheur était là et il n’en attendait pas plus que de le mordre à pleines dents, quand ces moments se présentaient.

 

Il en voulait seulement quand c’était possible, en attendant, il s’absentait.

 

Dans ses rêves de chien, il n’organisait pas un monde meilleur, il expérimentait en songe des actions glorieuses, le goût de l’eau de mer dans sa bouche, sentir encore et toujours son corps répondre à ses gènes de chien.

 

La vie se prête à être jouée, mais pas aux dés, ni plus aux règles établies par des gens qui n’ont plus cours. Eclatons-nous aux hormones, créons le droit en nous l’accordant.

 

Nous étions tous là, mais cela n’avait pas de sens : nous attendions l’épreuve, pas le sommeil. A chaque jour suffit sa peine, encore faut-il qu’elle soit venue. Encore faut-il qu’il y ait quelque chose de suffisamment désespéré dans leur danse : une prière vers un monde encore à naître faute de quoi tout est là et il n’y a pas lieu de danser.

 

La vie, on ne peut jamais s’asseoir dessus, elle passe, toujours à renaître encore. Profitons de l’instant, c’est tout ce qu’on a.

 

 

  

 

Tu plonges dans la mer et l’eau est trop froide, il faut t’en sortir et tout est là. Jusqu’au rivage où la mer est devant toi.

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