la révélation de l’absurde

Je cours, je cours, je saute

J’enjambe, je cours, je tombe

Je n’ai pas préparé mon numéro

Je me relève, je bondis

Belle certes non : incompatible

Témoins, que venez-vous chercher ?

Chercher l’artiste où il se trouve, quelle négation !

Restez-là !

Je vous regarde à présent

Je trébuche sur vous

Je dissone sur vous

S’enfuir

Fuir toujours ce miroir formaté

Séduire dieu, c’est enfoncer une porte ouverte

Une porte qui donne sur l’enfer du regard des hommes

Ton miroir n’est d’argent, il est de chair

Ceci est une prison

Je voudrais te parler de ce que tu connais :

Essayer de réparer un robinet qui fuit, chercher l’outil, pester sur le voisin qui te l’a emprunté, par exemple.

Et tout d’un coup, avoir la révélation du désespoir qui te fait te lever chaque matin

-       ciel, mais c’est le contraire ! – non, c’est bien ainsi :

la seule chose qu’on étreint, c’est le sommeil

tout le reste n’est que fuite, d’une parole à la suivante, d’un acte à l’autre, on s’empêche d’exister.

Tous les jours je lutte contre l’absurde

par des velléités.

Quand les hommes se reconnaissent, ils entrent en infraction et ils s’empressent de se justifier par des comportements admis dans les registres : as-tu jamais vu un homme se dissoudre, sauf dans le ridicule ?

Sombre, sombre musique

que celle de l’amour

entichée du temps

si tu existais vraiment,

serions –nous 7 milliards ?

vivrions-nous 100 ans ?

restez-là !

ne bougez plus que j’existe

un moment sans me redéfinir

chaque millième de seconde et devant chacun de vous.

Dans ta salle de bain rose,

Tu mets une chemise propre

Et repassée

Comme si cela ne suffisait pas d’être

On prépare encore et toujours des instants auxquels on échappe…

Cela ne se peut pas : être.

Ces trop rares moments où tu penses « tout est là »

A quoi ressembles-tu ?

A un chat sur un radiateur ?

L’opprobre de la foule à la menace d’un but

Me prend plus démunie que la mort d’un ami :

étranger à toi-même, tu ne m’es plus inconnu

on ne t’a affublé d’un langage que pour nous conforter dans notre aliénation.

La sagesse dis-tu ?

La sagesse est le naufrage d’un homme qui vit trop longtemps : ses sens l’ont voulu mort, et il a survécu

Si ce n’est une morale, c’est au moins un constat :

Puisque nous survivons, nous cherchons en deçà.

Et ce que nous trouvons tient compte de la chute :

Puisque nous survivons, tel en sera le but.

Rien ne tombe dans l’oreille d’un sourd.

Et cela me nie, comme à toi.

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